Carnets de création, Bernard Kudlak

Bilan de la recherche (extrait n°10)

jeudi 14 novembre 2002, par Bernard Kudlak

Demain, optimisme, disais-je… Comme c’est aujourd’hui, ça tombe bien.
Mes "conneries" et digressions, ça va un temps : parlons de la création de "Plic Ploc".

On a bien bossé pendant deux mois.
Maintenant, laisser dormir ce travail, le temps que nous gagnions notre vie et l’estime de tous en jouant "Récréation" (pour l’heure, nous rentrons d’une série de représentations au Parvis - scène nationale de Tarbes, j’y reviendrai !). Et qu’à l’issue de cette "belle au chapiteau dormant" nous puissions présenter nos idées en forme au printemps 2004.

Alors, serions nous des cachottiers ? En vrai, je ne sais pas trop ce que l’on peut décrire et ne pas décrire de ce travail (on vous livre quand même une photo sur notre site, en lien avec ce texte) .
Quand à l’aspect "comment ça se passe entre nous", qui fait quoi, qui ceci, qui cela, le coté "potin d’une création"… je ne me sens pas de compétences pour en parler. Ce qui est possible, c’est que d’autres artistes participants rédigent des pages de ce journal. Mais jusqu’alors, à part Robert, il n’y a pas eu de propositions.

Faisons le point.
Lors de la dernière semaine de recherche, nous avons fait de la réalisation, à partir des éléments travaillés pendant ces deux mois.
Nous avons réussi à enfiler un bon vingt cinq minutes de spectacle, dans lesquelles nous pourrons par la suite intégrer des performances de cirque. Car j’aime les numéros de cirque, ils sont la preuve vivante de la créativité de chaque artiste. Le cirque est vivant à travers les artistes.
Créativité et création individuelle, que certaines écoles ont, pour le moins, donné l’impression par le passé de vouloir étouffer, sous la nécessité demandée aux jeunes artistes d’être une pâte à modeler pour créateur, metteur en scène ou chorégraphe.
Idéologie et sacralisation du "créateur", jusqu’à en faire des montages historiques pervers et mensongers (j’y reviendrai un jour). En vrai : l’idéologie de la soumission aux baratineurs de l’histoire de l’art contemporain et à ses commentateurs, mais je m’égare… (heureusement que les sources de création ,en marges et hors institution, où ont lieu - souvent, mais pas que - les vrais révolutions artistiques, ne sont pas prêtes, elles, à se tarir, dans le cirque notamment).
Pour revenir à nos moutons (qui paissent dans l’onde pure des sources précédemment citées en attendant les jeunes loups de la culture, mais je me re-égare…) : vingt cinq minutes dramaturgiquement acceptables et plutôt avancées, au sein desquelles nous avons commencé le vrai travail de réalisation, qui consiste à regarder et à fixer chaque seconde, chaque intention, chaque mouvement des corps et des objets.

Comment cela se passe ?
Après avoir construit une suite logique à partir des éléments de départ, des intuitions, des résultats d’improvisation, des moments réalisés, ou des idées sur papier qui ont passé l’épreuve du réel, nous la filons, improvisant chaque mouvement non travaillé, nous attachant à l’ensemble plus qu’au détail. Première étape.
Ce travail réalisé, nous reprenons chaque moment et nous le travaillons au fond.
De la même façon que lors d’une réalisation, c’est à dire avec l’objectif d’en faire un moment fini, présentable.
Ce qui nous oblige à poser toutes les questions de mise en scène, de jeux et d’intention. Dans le détail.
Lors de ce travail, les personnages se dévoilent, et nous n’acceptons pas d’acte gratuit ou d’impasse de jeux. Nous nous mettons une obligation de réponse. .
Tout ceci nous amène à trouver de nouvelles pistes, incluses dans cette trame globale de trente minutes.
Puis nous reprenons le filage par acte (il y a au moins trois parties bien distinctes).
Nous pouvons essayer de faire résonner un acte presque fini avec un autre totalement en friche pour en comprendre la logique, et laisser la friche pour continuer à creuser dans le presque fini…
Nous ne sommes alors plus dans la recherche, mais dans la réalisation, dans les conditions de création d’un spectacle : c’est un ballon d’oxygène, car enfin le travail se dévoile et nous offre la récompense de nous faire comprendre ce que nous cherchions depuis deux mois.

Pour les perspectives d’avenir, il faut ajouter à ces vingt cinq minutes le prologue, qui est écrit et devais durer une dizaine de minute et une suite aux vingt cinq minutes (d’environ un quart d’heure) qui reste entièrement à modeler.

En plus de cette réalisation, voilà ce que nous avons exploré en deux mois :

Très avancé : le travail avec et sur les gouttes d’eau, quelques jets tombant, et travail burlesque (la bâche folle, les poches d’eau, les musiques aléatoires et la fanfare enfantine de casseroles).
En cours de recherche, avec des éléments sérieux et éprouvés mais non travaillés dans une réalisation : les trapèzes voletant, les pissettes, l’équilibre sur jets d’eau, le jongleur invisible, le travail des jets à partir du sol, le chemin d’un verre d’eau, les tubes musicaux, le prologue aux métronomes (on dirait la carte d’un restau ou celle du kamasoutra, au choix !)
Idées non essayée mais pour lesquelles on ne se fait pas de souci : contorsion dans une goutte d’eau, l’envolée de parapluie, les cloches et tubes, la pleureuse en vidéo.
A chercher au cour de la prochaine session : le travail avec la vapeur sur gaines et tuyaux souples, les fontaines, les réparateurs, les actes aériens, les cascades. Ainsi que le travail des numéros de cirque inclus dans la trame et dans chaque partie de ces trois chapitres.
Et la musique à écrire, ainsi qu’ une méthode de recherche musicale à approfondir.

Maintenant que nous avons listé avec notre vocabulaire les éléments de notre recherche, il nous reste à réunir les acteurs de cette recherche : ce sera l’objet d’un casting pour le printemps.

Mais en tout état de cause, je peux vous livrer la conclusion de nos deux mois de travail : nous sommes désormais certains que ce spectacle verra le jour.
Nous pensons que nous explorons des voies nouvelles dans l’esprit du Cirque Plume, créateur de spectacle populaire pour l’élite et de spectacle élitiste pour le peuple. T’en vas pas, je rigole !

Pour cette première étape, nous avons procédé avec une équipe de cinq à sept personnes.
Prochaine étape : des auditions, de la recherche et une partie de réalisation avec une dizaine de personnes, peut- être avec toute l’équipe, soit douze artistes. Rendez vous en février et mars 2003.

Je vous l’avait dit au début : aujourd’hui , l’optimisme.

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