Carnets de création, Bernard Kudlak

Ce 15 février 2009 est un dimanche (extrait n°15)

dimanche 15 février 2009, par Bernard Kudlak

Photos : Bernard KudlakCE 15 FEVRIER 2009 EST UN DIMANCHE.

Un dimanche de froid polaire avec du soleil et des éclats de rire dans la rivière.

Depuis une semaine nous avons commencé le travail de réalisation de "L’atelier du peintre".

Vendredi la nuit, je n’ai pas dormi. Peu en tout cas.

Samedi, en famille, nous avons regardé le DVD du spectacle "Toiles" (qui vient de sortir dans la collection "Notre histoire").

Le film a été fait avec plusieurs sources d’images différentes, souvent très dégradées. Ça donne un air ancien qui va avec le temps qui passe. Je n’aime pas les vidéos des spectacles vivants, pourtant j’ai bien aimé regarder celle-ci et tout le reste.
Quand même, on a déjà fait des trucs dans la vie ! C’est ce que je me dis, pour me rassurer…

Un peu les jetons.
"L’atelier du peintre"… ça fait peur, hein ? Je ne sais pas vous, mais moi, si !
Cette première semaine de travail a été bien remplie et nous avons fait du bon boulot.
Nous mettons en place les structures de scénographie qui nous permettront de faire les choix nécessaires pour fabriquer le matériel. Les choix dans ton panier, au début d’une création, tu en as autant que de carottes la ménagère de moins de 50 ans dans le sien au marché (voilà un genre de phrase que Dom apprécie tout particulièrement ! Allez Dom, laisse-la moi, c’est un cadeau pour la St Valentin !).
Tout tourne dans tous les sens et ce sont justement tous les sens que nous nous efforçons de développer, et aussi à donner un sens et non tous les sens, dans tous les sens. Vous comprenez ? Non ? Ben voilà, c’est exactement pareil pour moi et c’est pourquoi je n’ai pas dormi vendredi.
En bref j’aimerais être rassuré. Et je ne le suis pas, car cela n’existe pas : j’ai plein d’images, de beaux univers, d’artistes formidables, de musiques supers… Mais ce que nous cherchons, ce que je cherche, c’est le poème.
Dans le dico, il y a plein de mots, mais… le poème…
J’y pensais ce matin, en marchant dans la neige et en regardant la bagnole dont la photo a servi de support à ma carte de vœux de cette année.
Photo : Bernard Kudlak
Est-ce un poème, cette vieille bagnole qu’un frêne ou un érable mange ? La neige, la forme de la tâche de neige, est-ce une oeuvre ? Poème, le volant dérisoire d’un véhicule automobile à la retraite qui n’ira jamais plus polluer notre terre ? Poème, la craquante petite tâche de mousse dans l’orifice du phare gauche ?
Où est le poème ? La rondeur romane de l’épave ? Les branches sèches de Renouées du Japon ou l’ocre du champ derrière ? Mon regard, mon âme, au moment où je m’arrête pour regarder l’Aronde ?

Qu’est-ce qui crée ou ne crée pas le poème ?

Je pense qu’il y a un poème dans cette composition (je ne parle pas de la photographie, mais de ce que montre la photo).
Je suis d’accord avec le poème dans l’instant où cet accord le fait naître, exister grâce à cet accord.
Bien entendu, nous avons des références qui aident…
L’ancien : décoré par le temps, il nous apparaît souvent plus émouvant que le neuf.
Le sens de la scène : l’arbre pousse dans l’automobile, la nature reprend ses droits. Cette idée revancharde, en ce temps de subventions à l’industrie automobile, est de nature à nous émouvoir.
Trois arbres ont poussé là dans les entrailles de la ferraille : trois arbres, comme ceux de Rembrandt qui, eux, font référence aux trois croix du Golgotha. La crucifixion à l’envers. Les Romains rouillent et les croix, redevenues arbres, attendent le retour des feuilles et des nids d’oiseaux.
L’ombre lavande de la neige autour du bleu de la voiture nous indique que nous sommes dans un temps d’attente froid, sec et vivifiant qui annonce le printemps, le dénouement, la solution… le volcan de la vie couve sous l’apparence de l’immobile.

- Alors, le poème ?
- Alors le poème !

La 1ère et la 2ème et les suivantes semaines de création sont un pareil poème possible et universel d’une vieille bagnole traversée par la vie.
Tout va dépendre de notre désir.

Photo : Jean-Paul FavereauxAinsi, à la fin de cette 1ère semaine de création, je me posai la question : où est le poème ?
Je l’ai cherché et trouvé ce matin, glacé au bord de la Furieuse où je le savais dormir en attendant les regards.
Pour l’instant c’est ce que j’ai à partager avec vous.

Pour les autres infos, la neige a un peu envahi le chapiteau mais Xavier se charge de la balayer, dans un ballet aérien qui épate les riverains.

Je vous embrasse.

Bernard Kudlak

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