Carnets de création, Bernard Kudlak

Faire rien... Faire lien (extrait n°6)

vendredi 27 septembre 2002, par Bernard Kudlak

FAIRE RIEN… FAIRE LIEN.

Ce matin, ma fille cadette, sept ans :
"J’aime pas l’automne, c’est une saison triste avec toutes ces feuilles qui tombent, mais j’aime bien l’hiver, parce que il y a Noël et Noël, ça me rappelle mon enfance"…
En parlant de Noël et d’enfance, Noé est né. C’est le troisième enfant de mon frère, donc mon neveu. Garçon, bienvenu sur la terre qui est si jolie…
La plus grande aventure humaine, c’est la vie.
Je vous raconterai bien nos enfants au cirque, depuis vingt ans, mais bon… On verra ça plus tard et ailleurs : pour l’instant "Plic Ploc".

Aujourd’hui, nous avons fait nos listes :
- Jean-Marie, pour l’état d’avancement technique : "ce qui est réalisé", "en réalisation", ou "à faire".
- Pour ma part : le "pouvant être mis en scène et en jeux avant la fin de cette période de recherche", le "en recherche, et le "à chercher".
Pour le "abandonné ", pas besoin de la liste, même si c’est peut-être là l’essentiel...

J’ai écrit ces jours-ci la première mouture de ce qui sera la structure du spectacle, ou seulement peut-être la première partie, je ne peux pas le savoir encore aujourd’hui.
De toutes les façons, au cours d’une création, ça varie beaucoup : l’important, c’est le fil rouge et les couches du palimpseste.

En ce moment, Jean-Marie monte, en parallèle, la vidéo du spectacle "Récréation", Robert fignole le disque des musiques du même "Récréation", et compose une nouvelle musique pour la contorsion de Sylvaine dans ce dernier spectacle (voir calendrier de tournée).
"En ce moment vous ne faites rien ?", nous demandent des amis, peu habitués à nous croiser autant dans la région.
Non, pas vraiment rien…

Faire rien.
Un rêve de nihiliste et de fanatique, mais aussi rêve d’humain. Cauchemar ? Hélas non, rêve.
J’ai toujours été étonné par le nombre de personnes qui verraenit bien la fin du monde coïncider avec la leur. Et depuis longtemps. Aussi longtemps que les temps historiques.
Ah, une belle fin à domicile, en privé mais collective, avec tout le tremblement…..
Chacun y va de sa prédiction et les familles tremblent d’effroi craignant le suicide de leurs enfants (pas plus tard que cette semaine, chez Tapie, il y avait ce sujet tragique et tarte : la parousie de pavillon de banlieue…)
Les répétitions ont déjà eu lieu, temple solaire et compagnie...
Ou plus léger, chacun rigole des prédictions d’un couturier qui ne vaut pas un clou en prédiction.

Mais aujourd’hui c’est plus inquiétant : certains semblent penser que, plutôt que les attendre, les fins des temps, ils pourraient peut être les provoquer. Voire même avoir été élu pour ce dessein (et pas à quelques voix d’électeurs de Floride près, non point : par Dieu Himself !).
Nous, pauvres humains, en avons les moyens !

Faire rien…Tout un délicieux cauchemar : c’était la terre,qui était si jolie, t’arrives avec ta camelote explosive, et après c’est mars, la lune, et Jupiter réunis.
T’as même pas besoinde croire ou d’attendre les anges, Arjuna, les trompettes, les délices d’Allah ou le jugement dernier, parce que dans ce cas là, Dieu, c’est toi.
Pas de panique je n’y crois pas à cette hypothèse (je suis pas con, Rabane !).
Mais l’hypothèse qu’un de ces "élus d’eux-mêmes" fasse des essais pour vérifier s’il peut aller plus loin, nous l’avons vu de près.

Car ils ont raison ces élus-là, il sont protégés par le ciel et le bien. Et la négation de l’autre.
A l’étage en dessous, chez des plus raisonnables, un grand frisson de guerres de religions parcourt le monde.
Le rhume des fous menace bel et bien.
De là à ce qu’un de ces malades de la loi se prenne pour la colère de dieu, il n’y a pas l’épaisseur d’une page d’un livre de Salman Rushdie ou de Robert Anthelme.

Je ne sais pas trop pourquoi je dis ça, mais nous on va pas "faire rien" : On va "faire lien".
J’entends déjà les petits malins qui me disent : : "Religieusement, donc !"
( religieux : faire le lien).
Mais comme dit un proverbe chinois : "Entre le lien et le lien, ça fait une saclée diffélence".

En fait, je sais pourquoi je dis ça : pour la question "Pourquoi et comment, un spectacle ?"
Toujours la question lancinante.
"Pour le lien" est une réponse qui porte en elle une grande partie des choix (de fond et de forme) que nous opérons. Dans le cadre d’une création, ça en fait un paquet.
Après avoir parlé de Dieu, le mot création prend un sens bizarre… Pas d’affolement, nous ne créons que des spectacles !
Allez ma petite dame, je vous fais ça pour lien… c’est donné et ça fait plaisir…

Aujourd’hui, Brigitte a proposé une façon d’accompagner son travail en cours, par une musique de trapèzes voletants : c’est magnifique, et c’est un envol de beaucoup de sens. Je n’en dis pas plus, comme d’hab !

Salut et fraternité.

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