Carnets de création, Bernard Kudlak

L’atelier du peintre (extrait n°1)

jeudi 15 mars 2007, par Bernard Kudlak

Autant vous donner un titre tout de suite, ça nous économise de l’énergie et aujourd’hui, c’est le maître mot.
Tu te rappelles en 74, hein ? René Dumont annonçait tout ce dont on parle aujourd’hui, mais les élites si tant malignes le prenaient pour un con. On n’avait pas le droit de voter, pas 21 ans, mais c’était lui qu’on aimait bien, déjà.
Enfin bon, ces nuls de dirigeants financiers et industriels se convertissent dans l’économie d’énergie. Tout le monde en parle. Tout le monde signe le protocole Hulot.
A notre petite échelle de ruraux, des requins arnaqueurs battent la campagne pour refiler à nos retraités de la pompe à chaleur air/air sous prétexte d’économie. Sous nos climats, autant dire qu’ils vendent de l’électricité et des climatiseurs avec un discours écolo. Bref, comme disait un dessin "ils ont fait fortune en chauffant la planète, ils feront fortune en la refroidissant".
Au passage, le vivant trinque, les actionnaires s’enrichissent et c’est le principal.
L’actionnaire modèle notre vie. La cupidité comme horizon indépassable.
Demain, le désert et les assurances domineront le monde.
On fait autrement ?

La campagne bat son plein.
Électorale.
Et je me remets à des carnets de création. J’en ai écrit un peu entre ceux de "Plic Ploc" et maintenant, mais aucune constance. Rien. Je ne peux écrire que sous la pression d’un spectacle à créer.

L’atelier du peintre, donc… Tu connais "Les Ménines" ? C’est un tableau de Vélasquez, qui le représente en train de peindre. Vélasquez se peint regardant celui qui regarde le tableau. Ce qu’il peint, on ne le voit pas. Et tout au fond, il y a un miroir et dans le miroir, on aperçoit le reflet de deux personnages, on devine que ce sont ses modèles. Dans cet échange de réel, de miroirs de regards, d’aller et retour entre l’œuvre, l’artiste et le spectateur, entre ce qu’on voit et ce qu’on devine, entre le mystère et la représentation du mystère, il y a toute la magie et l’essence du spectacle.
Picasso était fou de ce tableau et Francis Bacon tellement aussi.

J’avais envie de miroirs, de double, de représentation, de réflexion sur la représentation. J’avais envie de plâtre, de blanc, de statues et de terres. Avec un s. J’avais dans la tête des lumières et de l’obscurité, des lampes de poche, de la lumière matière.
Je tournais en rond avec tout ça. Mettant en tas des tas d’idées. Mais en tas, c’est-à-dire inempoignable.
J’ai pensé aux Ménines et j’ai relu ce qu’en écrit Michel Foucault. Lui sait dire, pas de problème, quelle classe ! C’est dans" Les choses et les mots". Je vous laisse y aller si ça vous intéresse, c’est passionnant. Enfin, j’ai compris que mes petits tas de plein de trucs étaient reliés par l’atelier du peintre.
Ouf ! Je tenais quelque chose...

Mais au début d’un spectacle, quand on tient quelque chose, on ne tient rien. On a des trains qui passent dans la tête, qui n’ont jamais la même couleur, ni les mêmes wagons. Et puis pas que. C’est un peu comme les cartons dessinés à l’école de notre enfance, le carton marqué "les transports" : dans tous les sens il y a des trains (même une Micheline toute neuve), des tracteurs, la bicyclette du facteur, un paquebot (France, bien entendu). Des avions, des bateaux même, des voitures (on les connaît toutes), même des patins à roulettes. Et ça circule sur le carton. Le monde est moderne, il va nous appartenir. Et on va aller dans tous les trains, tous les avions, tous les bateaux, toutes les voitures même de sport comme au cinéma ou à la fête foraine.
Préparer un nouveau spectacle, c’est la même chose. Je te donnerai tous les bateaux, tous les machins et tous les trucs… chante Polnareff, qu’est revenu en France la semaine dernière, montrer ses biceps de retraité de la chanson française et enchanter la jeunesse.
J’aimais bien ses chansons. Aujourd’hui je ne l’écoute plus.
Je commence donc de nouveaux carnets et je me demande si je vais vous bassiner avec les élections. Ce serait pratique, ça m’éviterait d’avoir de l’imagination.

J’ai taillé mes rosiers (si vous ne l’avez encore fait, c’est pas grave, il reste du temps), j’ai un truc dans les cheveux, je le prends : c’est une grosse épine de rose (pas de cheval, merci). Je m’aperçois qu’elle ressemble à une griffe de tigre, comme les gens du cirque en portent en sautoir. Je devrais me faire monter un bijou avec une griffe de rose, mais j’ai peur que ça fasse un peu ... Non ? Dompteur de rose, c’est beau, mais d’un côté pas trop viril et de l’autre, maintenant que "Le petit prince" est un conte pour bobo dans l’imaginaire critique de ceux qui font l’actualité de la pensée moderne, je ne sais plus trop.
Je vais faire un blog à la place.
Et on va parler de tout et de rien.
C’est parti.
A la prochaine, je vous embrasse.

P.-S.

j’ai jamais fait de photo de ma vie, mais pour le blog, j’ai acheté un appareil. Ah ah !

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