Carnets de création, Bernard Kudlak

L’été c’est chaud, mais les vacances ça repose (dicton poitevin) (extrait n°18)

mercredi 20 août 2003, par Bernard Kudlak

15 août c’est reparti !
Lundi 18, avec Jean-Marie, on attaque par la conception du plancher, du gril lumière et effets divers qui devraient nous permettre de jouer en théâtre et en chapiteau "Plic Ploc" dans des délais de montage et de démontage raisonnables (les contraintes techniques du cirque joué dans les théâtres prennent du temps, le temps d’inventer des solutions aux problèmes posés par un lieu conçu pour la parole, pas pour la galipette aérienne).
Je m’en vais donc reprendre mes notes sur le travail en cours et, l’une après l’autre, notifier les contraintes et les obligations scénographiques requises par telles ou telles scènes.

Chronique d’une panne annoncée.
Depuis que les Américains du Nord ont confié aux marchés -à la régulation libérale- la gestion de leur énergie électrique, les responsables de la gestion des réseaux de distribution de l’électricité se demandaient quel jour aurait lieu la grande panne due à la vétusté desdits réseaux.
Et bien, depuis hier, ils sont au courant. Cinquante millions de personnes dans le noir en Amérique du nord.
Un sénateur américain d’un pays de l’Union s’étranglait de ce que Cuba soit mieux équipé en réseaux électriques que la première puissance du monde : s’il veut des tuyaux sur les méfaits de l’extrême libéralisme, il peut faire éclairer sa lanterne par les débats d’alter mondialistes du Larzac, que la droite comme la gauche en France voudraient bien faire passer pour de dangereux extrêmes gauchistes. Mais c’est pas sûr.

Je ne peux pas reprendre ce carnet sans commentaires des actualités de l’été brûlant, de l’actualité brûlante de l’été, la canicule.
Les intermittents certes, on verra plus loin, mais est-ce déjà du réchauffé ? Tandis que la canicule, c’est encore tout frais.

20 août 2003
Raté pour la canicule que je devais commenter. Je suis allé me baigner.
Nous avons vraiment bien bossé avec Jean-Marie pour préparer le matériel de "Plic Ploc", lancer la fabrication d’un plancher aménagé pour les systèmes de flotte, le gril technique pour l’éclairage, ainsi que les douches, petites gouttes et autres arrosages d’artistes.
Le corps du spectacle est là, nous le voyons.
Cela nous est inhabituel à ce stade du travail, montrant -et c’est heureux- que notre nouvelle méthode porte de jolis fruits (pas d’inquiétude, nous, les ruraux, savons qu’on ne vend pas la récolte d’un arbre avant la cueillette). Donc nous avons la structure et même plutôt dans le détail. Je ne vais pas vous raconter : je me rends compte que je n’arrive pas à vous détailler le projet exact de "Plic Ploc". Sur papier, à ce jour.
On sait (et c’est exact) que l’écriture des projets de cirque est le plus souvent fort éloignée -en tout cas formellement- de leur réalisation. Pour Plume, c’est évident : mes cahiers de papier sont là pour prouver que le spectacle n’est pas celui que j’avais tout a fait écrit. A chaque fois.
Mon expérience d’expert (de quoi ? Je vous le demande, amis des calembours !) de la "commission nationale d’aide à la création pour le cirque" m’enseigne qu’il en est également ainsi pour la plupart des autres compagnies, sinon toutes : cela tient au fait que l’écriture au cirque est dans une grande mesure une écriture corporelle, écriture dans la piste, sur le plateau. Une écriture en acte. En corps. Dans notre civilisation, qui a mis ce qui est imprimé sur du papier au dessus de tout, la commission d’aide à la création réclame des concepts écrivables sur papier. Alors, chacun s’efforce -se force- à faire entrer son projet dans un dossier écrit avec des mots, quelques fois avec des dessins, des photos… Les audacieux mettent des tissus, du bambou ou du plastique.
Mais le talent d’écrire des mots ou de faire des dessins ne prouve pas celui de réaliser une œuvre de cirque, et un beau dossier bien écrit, bien citationné (J’aime bien ! Laissez le moi), bien dessiné, ne veut rien dire sur le projet en acte et ne vaut pas mieux qu’un projet mal écrit, mal dessiné et sans citations latines (chères pages roses !).
Nous sommes quotidiennement engloutis par la publicité qui veut nous faire croire qu’un produit est bon quand il est bien vendu. Même en politique. C’est pour cette raison que j’écris ces carnets. Cependant, le plaisir d’écrire -et j’espère de lire- ne garantit aucunement le plaisir du spectacle. Et c’est pour cette raison proportionnellement inverse, probablement, que je n’arrive pas à passer en mots les réussites et les bonnes pistes que nous avons ouvertes en acte dans nos répétitions.
J’aimerais vous donner la liste que j’ai écrite, de ce qui pourrait être un déroulement du spectacle. Elle est faite. Juste un clic et clac, c’est dans la boîte.
Mais comment le faire pour vous qui n’avez rien vu, alors que, quand je la confie à ceux qui non seulement ont vu, mais ont participé, ont cherché, ont trouvé, je dois commenter longuement cette liste avec craintes et précautions ? Alors que je suis convaincu de la confiance et de la bienveillance des artistes de la troupe, j’avance sur la piste du tigre quand je dois mettre en ordre et en structure l’avancée de notre travail.
J’ai l’impression de piéger le temps. En décidant ceci là, cela ici, "pour qui tu te prends" m’attend au carrefour, avec sa grosse masse d’arme hérissée de morale.
Figer les choses. Décider du destin d’un spectacle. Choisir.
Choisir, c’est tuer le rêve. C’est planter la graine dans la terre. Enterrer la graine ou enterrer les corps ? Tuer tous les possibles pour n’en faire qu’un. Qui pleurera les possibles morts de ne pas avoir été ?
C’est un travail qui demande de la délicatesse. Car les possibles que nous retenons à ce moment du travail sont des possibles encore dans les limbes. Des embryons dont le petit cœur commence à battre alors que le corps n’est pas encore formé.
Vous comprenez comment c’est fragile, délicat : un moindre souffle le déchire, un commentaire le détruit. Comment taire si on vous le dit, comment dire si je vous le souffle, comment souffler si je l’éteins de mes bavardages ?
Souffrez que je ne mette pas dans vos bras -aimants je n’en doute pas- cet embryon de spectacle. Pas tout de suite.
Je ne doute pas de la force de cette vie en train de surgir du néant, mais je doute de la bienveillance du néant.
Une étincelle peut mettre le feu à la plaine disait Mao Zédong, mais quand on porte une étincelle au creux de ses mains, on a si peur des courants d’air qu’on retient jusqu’à son propre souffle. Apnée contre le happe né.
On dit aussi que celui qui perd le feu, on l’enterre vivant. Donc tout va bien, sauf… sauf…
Sauf que bien entendu, nous n’avons pas de salle pour travailler en novembre : impossible de louer un espace qui conviendrait à notre travail. Nous avons visité une fois de plus la magique saline royale à Arc et Senans, à deux pas de cheux nous : de beaux espaces, libres en novembre, mais de grosses difficultés d’accrochage en hauteur (monument historique !) et de chauffage. Bien sûr, nous avons des chauffages, mais reste que la grande salle (dans laquelle en ce moment s’expose du design) est vraiment très très grande.
Après 20 ans de nomadisme, nous n’avons toujours pas de lieu de répétition à nous…
Alors le chapiteau ?
Ben voilà, nous allons peut être monter le chapiteau pour réaliser le set de répétitions de novembre. Mais il faut trouver un terrain, et, surtout, le montage va nous coûter autour de 200 000 francs : si on répète 40 jours (j’ai pas la calculette pour être de mon temps), cela nous coûte 5 000 par jour de frais immobilier pour répéter (Francs, pas Euros !). A ça, tu rajoutes le chauffage, l’eau et l’électricité.
Voilà notre réalité.
Pour les spectacles précédents, nous n’avions pas fait de session de recherche avant la période proprement dite de réalisation. Nous n’avions donc qu’un montage de chapiteau pour toute la création.
Si nous changeons de méthode de création (et nous en avons changé), nous avons besoin d’un lieu pour travailler nos recherches.
Pour "Plic Ploc", nous aurons monté et démonté 3 fois le gros chapiteau, et une fois le petit : le budget immobilier est colossal. Ces sommes iraient mieux aux artistes et techniciens…
Mais comme d’habitude, c’est pas ce genre de chose qui va nous arrêter !

Maintenant, pour finir, les "boules" de l’été :
Je vais quand même dire ce qui m’a bougrement foutu les "bobollas" (on dit ça aussi par chez toi, quand "on a les boules" ?) cet été de canicule (situation climatique qu’on devrait en toute raison appeler un temps de chien, mais nous ne sommes pas raisonnables) : c’est dans le combat des intermittents, quand j’ai vu le monolithique Voirin se vautrer dans le public chic et choc du concert des Rolling Stones alors qu’il vient de faire annuler les festivals de théâtre, de chansons francophones et d’opéra. Bravo la C.G.T., vous ne m’avez jamais déçu.
Show-biz et spectacle vivant, tout n’est pas pareil : le spectacle vivant, pour le show-biz, c’est de la récréation, une partie de plaisir qui aide à faire vendre tout le reste : son blé, c’est en disques, en vidéos, en produits dérivés de toutes sortes et en parts de marché à la télévision qu’il le fait.
Le spectacle vivant non commercial ne produit pas de produits dérivés, de vidéos, de disques (ou si peu), d’industrie de la distraction, ni de parts de marché à la télévision : son blé, c’est les spectateurs, les subventions et l’allocation chômage de l’intermittence du spectacle qui le font pousser.
Faire chier Foulquier, arrêter le festival d’Avignon ou d’Aix, c’est facile. Quelle victoire ! La société du spectacle et du commerce se marre du fond de ses lofts (des amis me disent que j’ai tort et que grâce à cela, on en a parlé partout).
Mais la télévision est faite par des intermittents, non ? Où sont-ils, les intermittents grévistes de la télévision ? Comment se fait-il qu’il n’y ait aucune perturbation à la télé alors que toute la technique est tenue par des intermittents ? Et qu’aucun show de la société du commerce n’ait été empêché ? Johnny Halliday a pu jouer, les Staracs itou, les Stones aussi (avec le soutien de Voirin). Et dans la grande fête techno sur le Larzac, ce sont des intermittents qui tiennent les sounds systèmes, et pas de manifs, pas d’empêchements, pas de problèmes, pas de débats, pas de cris : l’amusement des pioupious ne fait pas de politique.
Les boycotteurs musclés n’empêchent pas le rock, pas la variété commerciale, pas la techno, pas les émissions de télévision ou si peu. Mais le théâtre, la chanson, la musique classique, l’opéra et les spectacles de Royal de Luxe.
Ils empêchent les plus fragiles et reculent devant les puissants.
L’ensemble prend un sens tout de même…
Où allons nous ? Pour quoi faire ? Pour quel projet artistique ?
Le théâtre ne s’arrête pas pendant les guerres, il joue à Sarajevo pendant le siège, il joue clandestinement dans les pays d’horreurs. J’avais l’impression que jamais on ne pouvait l’arrêter. Parce qu’il est d’une nature autre et que son destin est une parole qui, depuis la Grèce antique, ne tarit pas, ne peut pas se taire. Pour des raisons salariales, des revendications catégorielles, à Avignon, on a arrêté le théâtre : bonne action de communication ou balle dans sa propre cuisse ? (à ce propos, où est passé Dionysos ?). J’ai été choqué et déçu par l’annulation de ce festival.
Le monde a dû changer : à ce moment-là, j’avais le dos tourné, faut croire…

Pour parachever cette tristesse, certains voulurent me prouver que cette action a mis en évidence l’importance du théâtre dans la cité, rendue visible grâce au boycott d’Avignon : la France aurait "prix" conscience de l’importance économique de ce métier-là.
Ça m’a achevé, j’avais trop mal à la tête. Je ne me rappelle plus qui a gagné la guerre.

Par contre, un cri poussé chaque jour, des pancartes intelligentes parce que poétiques à Chalon, des débats (j’ai fais un lapsus de clavier et je tape "dégâts" ! Ça craint !) me réveillent et m’encouragent à continuer de gamberger.
Et à militer. A ce propos je m’enorgueillis d’avoir lancé l’idée de faire chanter la Marseillaise le 14 juillet 2003 à Besançon par toute la manif qui faisait face au défilé des militaires et des pompiers : le chant de l’armée du Rhin appartient à tout le monde, et le 14 juillet au peuple de France dont nous sommes. Ça a rudement choqué certains militants, établis sur la place Bisontine depuis les Lip et même avant, qui m’ont dit que ce n’était pas la bonne chanson, qu’il fallait chanter "l’Internationale"… C’est con, j’y arrive plus : je pense trop aux Ukrainiens, aux Chinois, aux Tibétains, aux Vietnamiens, aux Cambodgiens, aux Lituaniens, aux Estoniens, aux Polonais, aux Roumains, aux Yougoslaves, aux Tchèques, aux Allemands de l’Est, aux…. Il y en a encore plein, complétez vous-même… Je pourrais faire pareil avec notre chant guerrier aux paroles insoutenables, mais c’est le chant de notre France, celle qui a écrit la déclaration des droits de l’Homme, et notre chant n’est pas réservé aux partis officiels et au Front National. Dans certaines circonstances, il fut, il est, un chant de liberté.
Un débat culturel en quelque sorte… Surtout que la gendarmerie, chargée d’empêcher les intermittents d’atteindre le cortège, nous surveillait depuis le pont qui enjambe le Doubs, dominant ainsi les manifestants établis sur la berge rive gauche et les officiels, eux, déposant des gerbes et des drapeaux sur la berge rive droite. "Situation parisienne", rigolait le canard local (qu’on appelle chez nous "le journal").
Les gendarmes, débonnaires mais fermes devant le troupeau de comiques hurlants, ont eu un moment de flottement quand ces derniers chantèrent avec ferveur l’hymne des révolutionnaires français. Tempête sous les képis… garde à vous ou quoi ? C’était pas prévu dans le règlement. Alors nos braves pandores nous ont simplement montré leur derrière de eux, je veux dire nous ont tourné le dos, appuyés à la rambarde du pont, captivés qu’ils étaient, dans un élan ornithologique surprenant, par les évolutions acrobatiques des martinets et des hirondelles dans cette partie du ciel limpide opposée au chœur des manifestants, patriotiques pour le coup.
Là aussi c’est culturel !
Il faut dire qu’à tout compter, avec les profs, les intermittents et professionnels du spectacle, les "libérez José Bové", les retraités, les fonctionnaires, les infirmières et Charles Piaget, nous étions au moins deux cents selon la police et deux cent douze selon les organisateurs.

Revenons à nos affaires.
Je pense que l’intermittence doit permettre l’action culturelle, doit être au service de la création et du spectacle vivant. Pas des combines économiques, pas de l’industrie du disque et de la télévision, pas de l’idéologie de l’oisiveté financée par la richesse des pays riches, pas pour financer les officines de vente et de publicité, pas en remplacement d’un système social bancal, pas pour accueillir ceux qui viennent dans ce système parce que le chômage y est payé plus cher qu’ailleurs. Il faut avoir le courage de le dire. C’est un formidable outil de développement du spectacle vivant, de la création artistique. Pourquoi ne pas veiller à ce que ce but soit respecté ? Et le contrôler ?
Pour le reste, les bénéfices colossaux des industries de la vidéo, du show-business et de la télévision pourraient financer leur propre secteur sans avoir recours à l’assurance chômage.
Sous prétexte de ne pas diviser un mouvement, on mélange deux situations d’intermittence qui n’ont rien à voir :
1) L’assurance chômage permet de faire le pont financièrement entre deux périodes de travail. Le travail est particulier, les employeurs multiples, le régime est donc spécial. Durant cette période, on ne bosse pas, on cherche du boulot.
2) L’assurance chômage finance et subventionne le spectacle vivant et notamment la recherche, l’écriture et les répétitions, et même quelques fois les représentations en attendant que le public se déplace ou que les subventionneurs se manifestent. Pendant cette période, on travaille, on n’est pas chômeur.
Ces deux situations n’ont rien à voir. Pourquoi les confondre ?
Finançons le travail artistique à sa juste valeur, et que le chômage soit pour les chômeurs, pas pour ceux qui travaillent. Et finançons ce travail artistique avec cette méthode d’intermittence qui a fait ses preuves, car elle permet une grande liberté et n’assujettit pas les artistes à des intermédiaires toujours plus pesants. Gardons ce système automatique. Qui en outre permet l’essor des débutants.
Pour le spectacle vivant, faisons de l’intermittence un statut d’artiste, non une période de chômage. Et finançons le de façon plus juste : que tous cotisent. Et contrôlons tous les 3-4 ans, s’il est nécessaire, que les artistes travaillent réellement. Mais est-ce nécessaire ? Je n’en suis pas sûr !
Voilà… Avec ça, m’étant fait des amis, je vais prendre une assurance. Vie, pas chômage.

L’autre grosse "bobollas" de l’été est que notre pays a voté une série de lois en violation des lois européennes de protection des espèces animales. Pour payer une dette électorale à l’extrême chasse. Après ça, allez expliquer ce qu’est le respect à la jeunesse de notre bon pays… Allonzenfants, c’est la rentrée ! L’important, c’est flinguer du canard protégé, pas d’empêcher les navires poubelles de déverser leur merde sur la mer. L’important est de supprimer le mercredi sans chasse, pas de diminuer le flot des bagnoles en surnombre qui fabriquent des taux d’ozone insupportables et mortels pour les vieux. L’important est de redéclarer par la loi certains mammifères (qui ne l’étaient plus) "nuisibles", juste pour le plaisir sadique de quelques viandards incorrigibles, mais qui votent dans le bon sens, plutôt que d’empêcher les centrales nucléaires de tuer nos cours d’eau avec le déversement d’eau trop chaude, faute d’avoir prévu avant la canicule…
Notre président Chirac (je te rappelle que t’as voté pour lui !) conseillé par Nicolas Hulot, fait des discours à Johannesburg. Sa ministre de l’environnement, Madame Bachelot, conseillée par le corps des Mines et les militants de "Chasse-pêche-et-traditions" fait des discours au café du commerce et au ball-trap du seizième arrondissement.
C’est juste un peu dommageable pour notre patrimoine naturel que Jacques et Roselyne ne semblent jamais se parler. Ils pourraient échanger leurs conseillers. "La maison brûle, mais les pompiers ont ciré leurs chaussures" aurait dit quelqu’un (on ne sait pas qui…) dans le marais poitevin.

Les vacances, par certains côtés, c’est fatiguant !
Je vous serre une franche et virile poignée de main en me retroussant les manches. Il y a du pain sur les planches.

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