Carnets de création, Bernard Kudlak

Le chapiteau est monté à Besançon

mercredi 27 février 2013, par Bernard Kudlak

Le chapiteau est monté à Besançon

À la furieuse, les 25 et 26 février 2013

Février

Roselyne
Elle est bien la grippe cette année. H1N1. A. C’est celle de la Roselyne Bachelot, l’amie de l’industrie pharmaceutique.
T’es comme une planche pendant au moins une journée, à peine possible de te lever puis dans le catalogue, elle nous offre des demi-rêves délirants, et de jolies courbatures et tout ça dure assez longtemps et ça continue avec surinfection des bronches. Y’a épidémie chez nous.

Chapiteau
Le chapiteau est monté depuis dimanche, les monteurs en ont bavé des ronds de chapeau. Il avait été démonté sous la pluie battante à Boulogne-Billancourt et rangé un peu humide.
La semaine dernière, il faisait un froid sibérien à Besac. La Sibérie, c’est là où il faisait si froid que « les chiens chiaient el poix » disait en patois de Montbéliard, une grande tante qui a élevé mon grand-père à la fin du dix-neuvième siècle. Bon, ça ne s’est pas réchauffé ce mois-ci.
Tout était gelé et les toiles de protection que nous installons sur le sol pour ne pas abîmer celles du chapiteau étaient en bloc de glace. L’acier des engins, les pinces et l’acier du gradin à moins dix degrés, malgré les gants, vous mordaient la peau.
Lundi matin l’équipe était sur les genoux. Mais le chapiteau monté et tout en place. Merci à vous, chers monteurs ; j’étais content de passer un peu de temps avec vous à Besançon, ce qui n’arrive pas souvent.
On monte un théâtre de mille places en état de marche en cinq jours d’hiver. Un cirque en état de marche. Et une salle de répétition et de création.
En plein hiver. On n’est pas bien ou bien ?
Étonnante aventure tout de même que celle qu’on vit depuis trente ans.
On va faire marcher le fuel à fond la caisse pendant un moment, mais on n’a aucune marge ; il nous faut travailler sans cesse. Et pour être prêt pour mai-juin, il nous faut commencer en hiver.

Lutte des classes
Tiens en parlant de sous, le directeur de la caisse des "Congés spectacles" est payé 14 875 € bruts par mois (la Lettre du spectacle n°312 du 22/2/2013) ; je me suis toujours demandé à quoi servait cette usine à gaz des congés spectacles, et ben maintenant je le sais.

Éthique, morale, mensonges
À l’heure où je corrige ces lignes, j’apprends le décès de Stéphane Hessel.
Que nous restera-t-il comme exemple de grandeur morale en France ?
Luc Chatel ?
Remue-toi monde, la gangrène gagne.

"Tempus fugit, une ballade sur le chemin perdu"
Le titre du spectacle n’est pas compris par tout le monde ; on nous le dit !
Donc, on a écrit un texte pour le titre, une notice d’utilisation, je vous la livre :

En guise d’explication du titre (car on nous en fait quelquefois la demande et aussi pour que personne n’oublie dans ses écrits ni le point d’interrogation, ni les deux ailes de la ballade …)

Tempus fugit

Se prononce comme on veut (même les latinistes en discutent) : le temps fuit.
En latin, indication courante sur les cadrans solaires, peut-être également à l’entrée de certains cimetières.
Prononcé en version française, c’est le thème de bien des conversations des personnes de plus de 23 ans...

 ? point d’interrogation
Au cirque, cette affirmation "Tempus fugit" est incertaine : le temps du cirque est immédiat, il est celui de l’instant. C’est donc un temps éternel.
Tempus fugit ? Pas au Cirque Plume !

Une ballade
Avec 2 (deux) L, car le cirque, comme chacun sait, est un poème en acte. Mais comme ce spectacle sera aussi une promenade dans le poème de la représentation, on aurait pu mettre trois ailes. Une balllade sur le chemin perdu, ça aurait eu de la gueule !
Mais c’est déjà assez compliqué comme ça...

Sur le chemin perdu
"Le chemin perdu" est un terme d’horlogerie qui qualifie, dans le système d’échappement d’une horloge comtoise, l’espace compris entre les deux pointes de l’ancre, appelées le repos et la chute.
En plus clair, le chemin perdu, c’est l’espace entre le tic et le tac.
On va y être bien, là, entre le repos et la chute, sur le chemin perdu… Avec vous !

C’est ainsi que "Tempus Fugit ? une ballade sur le chemin perdu" est bien le titre de ce 10ème spectacle du Cirque Plume.

(On a transpiré, hein ?!)

Robert
Dans deux jours, il y aura un an que Bob a tiré sa révérence.
On mettra quelques tables sous le petit chapiteau, café, gâteaux et sourires tristes, pas savoir quoi nous dire et quand même se regarder un peu avec nos yeux.
Le temps n’est pas venu de commémorer, nous ne sommes pas dans celui du souvenir, nous sommes encore dans l’actuel. Nous prendrons le café entre amis.
Et nous tremperons des madeleines dans le café. Et j’arrête là.

Salut et Fraternité.
Bernard Kudlak

PS : Ce matin (le 25) au chapiteau, il faisait moins six.. Les canalisations d’eau toutes gelées, itou les chiottes et le sanitaire. Ils attendaient le soleil, qui apparaît sur le chapiteau sur le coup de midi. Il est quatorze heures ; il doit faire meilleur. Début des quinze jours de technique. Je reste au chaud jusqu’à demain.

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