Carnets de création, Bernard Kudlak

Les premières répétitions (extrait n°1)

mardi 20 août 2002, par Bernard Kudlak

C’est l’été, enfin la fin de l’été, les jours nous quittent plus tôt le soir et les orages sont annoncés.

Aujourd’hui (nous sommes en août), notre président-écologiste est en vacances. Nous rentrons des Pays-Bas où "Récréation" était invité par le festival Boulevard et son directeur Wim Claessen, qui part en retraite. Ça file !
Je ne sais pas ce que l’été nous a donné comme changements politique ou écologique, mais l’Europe est sous la flotte : vive la voiture et les super grandes mégapoles.

Ici chez les ploucs, la rivière est assez basse et l’écureuil qui vole chaque année mes noisettes est dans le noisetier, face au bureau à partir duquel je vous donne toutes ces nouvelles de notre création. Il est plus sauvage et plus beau que ceux de Central Park qu’on voyait l’an passé à New York. Pas le bureau, nouille, l’écureuil !
Le marchand de pétrole, président des américains de l’Union State of, n’a rien dit non plus sur la ratification de Kyoto.

Derrière le noisetier, sur la pelouse d’herbe, les autres artistes de la compagnie répètent pour "Plic Ploc" (c’est dire que la recherche a commencé sans perdre de temps) dans le jardin, entre les harmonieuses floraisons de la Renouée du Japon, cette belle saloperie qui envahit nos berges et y recouvre toute la flore locale depuis qu’elle s’est échappée du Jardin des plantes de Paris le roi des patelins, en suivant les voies de chemin de fer, il y a une vingtaine d’années.
Travailler dehors, en fin d’été, pour chercher des trucs sur la flotte et les jets, c’est super.
Nous allons monter le chapiteau la semaine prochaine à Salins les Bains, le petit bourg qui meurt à coté de nos villages. Le cirque et le théâtre donneront-ils un peu de vigueur à cette ville de sel, de thermes et d’anciennes faïenceries dont il ne reste trace qu’a travers les marchands de pots, les malades de silicose et les petits débris de faïence entre les galets au fond de la rivière, dans les mortes eaux ?

Les marchands de pots... connaissez-vous ce quatrain de Kayamm ? :
J’étais dans l’atelier d’un potier hier au soir.
Je vis deux milles pots muets ou bien bavards.
"Où donc sont-ils passés, disait un pot criard,
Le potier, le marchand et l’acheteur de jarres ?".
C’est un de mes préférés. Et quand on commence une création, on se demande toujours avec quelle terre, avec quelle poussière de roi ou de pauvre (ou de poète) nous allons bien pouvoir tourner nos pots de gestes et d’impossible.

Donc on répète dans le jardin. Dans quelques jours, c’est sous le petit chapiteau, parce que le gros c’est vraiment trop cher pour chercher (trop cher pour cher cher, vous avez remarqué ? : c’est rigolo !). Par ailleurs, Raffarin nous annonce une baisse des crédits pour la recherche scientifique. Je vous le dis : chercher c’est cher-cher. La droite est inénarrable, je ne m’y risquerai pas.

Donc répètes dans le jardin -ou la salle d’entraînement du moulin où j’habite- dès les premières gouttes.
Puis sous le petit chapiteau (à Salins, on ne sait pas encore l’endroit exact), à partir du 2 septembre ou du 3. Le 3, c’est la rentrée pour les gosses. Ce jour-là, on commencera un peu plus tard.
Ça pousse, on vieillit. Vu comme ça, c’est beau la vie.
En vrai, c’est comme ça. Ca fait que Plume va changer un peu. Si on en est capable. Pour tout dire, nous avons commencé ce changement, et cela semble fort possible.
C’est quoi ce changement ?
Jouer moins de représentations et répéter le prochain spectacle les années de tournées. Et panacher représentations en théâtre et sous chapiteau, à cause de cher, cher, cher, le chapiteau, dont le fonctionnement est totalement à notre charge (nous avons été fort aidés à l’équipement). Ou alors continuer à ne jouer que sous chapiteau si on nous aide à financer son fonctionnement... Autant demander à Georges Busch, en l’état actuel des finances et des projets de cadeaux d’impôts à ceux qui en payent beaucoup !
Nous, on serait plutôt pour l’impôt sur le revenu, et un bon budget culturel. Et un bon service public. Mais c’est pas notre job pour l’instant.
Pour le changement, tu parles d’un changement ! On faisait déjà comme ça à l’époque de "Toiles".

Les autres m’attendent dans le jardin, pour la répète qu’ils font très bien sans moi.

A bientôt.

le 20 août (jour de la saint Bernard. Ouah ! Ouah !)

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