Carnets de création, Bernard Kudlak

Mon poste déconne (extrait n°35)

dimanche 4 avril 2004, par Bernard Kudlak

Vendredi 2 avril 2004.
Mon poste déconne. Il fait du bruit. A certaines occasions, ça tape.
J’écoute les radios sans publicité (d’ailleurs je vais débattre avec quelques personnes qualifiées de la radio et de la télé, à Besançon le 8 avril au Kursaal, pour un "grand débat" animé par Stéphane Paoli et Olivier Kaeppelin : "Culture, argent et audiovisuel, quel rôle, quelle mission pour la radio…"). En attendant, chez moi, le poste déconne.
Je fais venir le réparateur de poste en panne, enfin non, réparateur de poste qui tape.
- Il a rien, votre truc.
- Ben si ! Et la télé aussi, elle tape.
- Vous vous souvenez à quelle occasion, elle tape aussi la télé ?
- Oui, oui, le poste et la télé tapent quand un des nouveaux parle depuis dimanche soir.
- Un des nouveaux ?
- Oui, nouveau ministre. Attendez, son nom, heu… Xavier Bertrand… un nouveau quoi, jeune…
- Je comprends mieux, mon cher monsieur, mais j’y peux rien, c’est pas votre poste qui déconne : chez moi aussi, ça tape…
- C’est pas mon poste ? Ben c’est quoi ?
- C’est juste la langue de bois qui cogne contre le micro…
- On y peut rien ?
- Ben non, on y peut rien…

Cette semaine, nous passons au travail dans le détail. Chaque jour, une scène. Et le travail avance, à condition de ne rien laisser passer de ce qui ne va pas, traquer le "bavardage" et résoudre les difficultés.
Nous filons encore un grand bout du spectacle cet après-midi.

Enfin nous avons trouvé un gymnase équipé d’une fosse en mousse pour travailler les vrillés à la bascule. A Pontarlier (45 kilomètres de Salins). Pendant 15 jours, 3 jours par semaine, 2 heures en fin d’après-midi.

Le spectacle s’éclaircit comme une déchirure dans le brouillard sur un chemin connu. On voit enfin ce qu’on avait imaginé et qui était encore caché dans l’imprécision.
Mais je doute de la pertinence d’un moment de rencontre musical au sein du spectacle, tout au début : trop d’idées, peu d’émotion. J’ai peur que ce soit pédagogique et emmerdant. Pourtant c’est tout moi qui ai fait, je ne peux pas incriminer quelqu’un d’autre !
Dans une recherche, on fait beaucoup et on garde peu. Cependant, souvent il nous reste de la matière pour plus tard : il faut laisser mûrir. Là, c’est une partie de quelques minutes que nous avons beaucoup travaillée, mais qui disparaîtra.

L’affiche de "Plic Ploc" est imprimée et sera bientôt sur les murs d’etchez nous. Comme à chaque fois, l’affiche ne fait pas l’unanimité, ça discute… ça se discute…

Je vous écris le matin avant de partir au chapiteau. Sinon, je vais marcher dans le bois. Hier au détour d’un sentier, j’ai dérangé deux beaux chevreuils et un peu plus loin, joué à cache-cache avec un écureuil. Surtout lui. Pendant les pas, j’organise dans ma tête le spectacle.

Je n’ai toujours pas vu d’hirondelle. Quand le Cirque Plume a commencé en 1984, le siège social était à mon domicile et le bureau de l’association, au bout de notre lit. Nous habitions un village. Il y a 20 ans, dans ce village il y avait une quinzaine d’agriculteurs. Quinze étables. Dix nids par étables, cinq jeunes minimum par nids. En gros, au moins 750 jeunes hirondelles (de cheminée) par an naissaient dans le village. Elles arrivaient assez tôt et la chaleur des vaches et un peu d’insectes qui vivaient dans cette chaleur et dans la bouse suffisaient à tenir quelques jours en attendant le soleil.
Aujourd’hui, il reste 4 ou 5 agriculteurs. Pour autant de vaches qu’avant sur le village. Et 2 étables traditionnelles, les autres sont en stabulation et, dans les hangars, bonjour la chaleur !
Bref on peut espérer au mieux la naissance de 250 oisillons d’hirondelles, les deux tiers ont disparu. La ligue de protection des oiseaux annonçait il y a 1 ou 2 ans, la disparition de 80% des populations d’hirondelles… Voilà peut-être l’explication du ciel un peu trop vide à mon goût, ce printemps.
Pour les hirondelles de fenêtre, c’est pareil, à cause également des réfections du bâti à tout va dans le rural par les rurbains, comme on dit… Plus de fenêtres, plus de granges : mettez des nichoirs pour elles quand vous réfectionnez une grange, merci…
Autres temps, autres mœurs : faut-il pour autant que les oiseaux meurent ?

C’est l’heure, je vous embrasse. Si vous levez les yeux pour les hirondelles, faites attention où vous mettez les pieds…
(T’as vu ? J’ai rien dit d’un nouveau gouvernement remodelé un 1er avril… Je progresse !)

Dimanche 4 avril.
Bonne fin de semaine, excellente même, car vendredi, le spectacle s’est invité dans mes notes : en 1 ou 2 modifications de situations dans la construction globale, tout est en place.
C’était magique, la résolution de plein de problèmes découlait de ce changement d’ordre.
Aujourd’hui, "Plic Ploc" existe comme il sera (ou à peu près) lors de la première.
Ça fait du bien !
Le temps des choix est terminé : nous avons tué le rêve de "Plic Ploc" et nous pouvons nous consacrer pleinement à sa réalisation. Je sais ce que chacun fera et donc également ce qu’il ne fera pas. C’est cela tuer le rêve : décider, choisir. Pour que le blé pousse, il faut l’enterrer.

A quelques temps des premiers filages en costume, nous ne sommes pas trop à la bourre.

J’ai vu une hirondelle cet après-midi.
Une.
Le ciel est vide.
Dans l’explosion des fleurs de fruitier, je vous embrasse.

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