Carnets de création, Bernard Kudlak

New York, le 15 juillet 2001

dimanche 15 juillet 2001, par Bernard Kudlak

Maquillage en coulisse de Brigitte Sepaser...à New York ! A droite, Dominique notre régisseur artificier, affublé de son homologue américain syndicalement obligatoire
Sans me vanter, les conditions sonores dans lesquelles on travaille sont totalement déplorables. Je dis "sans me vanter" parce que ça me fait penser à Woody Allen. C’est curieux comment on connaît tout de New York sans y être jamais allé. J’imagine que bientôt on aura l’impression de tout connaître sur tout sans jamais l’avoir appris. Ça promet !!
Pour le confort des américains, il a fallu installer une climatisation dans le chapiteau. D’habitude ici, en été, le climat est très chaud et humide, insupportable. Pas pour nous, cet été, c’est juste la bonne température. Il ne manquerait plus que le réchauffement de la planète profite à New York en particulier. Enfin la ville est à la bonne température à l’extérieur, et un peu glacée à l’intérieur du chapiteau.
La ville à l’intérieur, parce que dans le chapiteau, on est plus chez nous, on est à l’intérieur de la grosse machine, du plus grand centre culturel du monde. En bref, le générateur d’air polaire fait un bruit de tous les diables à quelque pas de la toile du chapiteau. Dans les moments du spectacle où nous ne jouons pas de musique, la qualité de silence est la même que celle que l’on a dans un Boeing en vitesse de croisière. Paradoxe du chapiteau ! On adore le chapiteau et on aime encore plus les vrais silences. D’autant que le générateur est situé coté jardin, sur la rue, qui nous informe immédiatement du passage des ambulances, de la police ou des pompiers.
Coté cour il n’y a pas de rue, donc il n’y a pas de passage bruyant d’automobiles ou de corps civiques. En revanche, coté cour, il y a une cour et dans la cour coté cour, il y a chaque soir un cour de danses populaires au son d’un orchestre qui commence sa musique à peu près en plein milieu de notre spectacle. La qualité de non- silence est alors à son comble. Bol, hier c’était du swing et ils ont baissé la sono. Le spectacle n’a pas été gêné.
Lundi, c’est l’orchestre de musique cubaine qui revient et il va falloir négocier serré.
Dans la cour coté cour, elle court elle court la musique. Ça nous laisse un peu court pour entendre le souffle des artistes. Espérons qu’on entendra leur âme, ça fera moins de bruit.

Et alors ? Le spectacle marche très bien dans la version sans le trampoline. Particulièrement hier, les artistes ont intégré l’ensemble du spectacle, comme il est aujourd’hui, et cela s’est traduit par de subtils déplacements d’énergie. Tout était réellement à la bonne place.
A part le fait que notre show est à la place des cornichons dans un sandwich de décibels, le reste marche bien. Le bruit est sûrement un facteur habituel dans ce patelin.
On va pas gueuler, on a voulu venir, on y est !
La cour où jouent ces orchestres qui nous cassent les burnes et les oreilles chaque soir est dessinée par les façades des trois grandes salles d’opéra du Lincoln Center : le "Métropolitain Opéra", le "Avery Fischer Hall" et le "New York State Théâtre". Par les fenêtres du Métropolitain Opéra, on voit deux immenses toiles de Chagall.
C’est très émouvant.
Chagall nous a donné envie de faire du cirque……
Atchao à demain.

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