Carnets de création, Bernard Kudlak

New York, le 7 juillet 2001

samedi 7 juillet 2001, par Bernard Kudlak

Deux cents tonnes de ferraille sur le parvis du théâtre. les mats se montent.
Le parking du dessous tremble, le montage amuse les gratte-ciel tout autour.
Deux cents tonnes de ferraille pour tenir une plume. Plume posée, sur l’asphalte de New York city.
Aucune pince (pas de piquet) quand deux cents tonnes de plaques de fer plaquent, plaquent, d’une main de fer... la toile, le chapiteau, la tente du cirque plume.
New York city en Amérique.
Nous allons nous envoler, notre loriot jaune s’est posé sur la place tranquille d’un théâtre ordinaire dans un coin d’une ville extraordinaire.
Ils ont posé des coussins bleus sur nos bancs de bois. Nous allons commencer les répétitions. Dans les rues et dans Central Park -qui est leur petit bois- des femmes, de taille moyenne, bronzées, musclées, toutes habillées du même short, et d’un Marcel sur leurs petites épaules musclées, courent. Elle courent d’un pas court et musclé. Toutes courent du même pas.
Toutes tiennent dans la main, un boîtier, qui est relié à leur tête, par des fils. Vous ne pouvez pas les manquer surtout le dimanche, et hier c’était dimanche. Nous sommes passé par le park pour rejoindre le chapiteau. La, on en a vu plein.
On s’est demandé si ce n’était pas des modèle d’humaines bio technologique qui tiennent leur disque dur dans la main pour pouvoir courir !
Pour le reste, c’est assez cool, presque la campagne, ici !
Les gens sont habillés comme dans leur cuisine et les femmes aussi.
Tout le monde parle avec la voix de Donald Duck !! Il y a une très grande courtoisie et gentillesse. Dans la rue des gens gentils. Ah c’est pas Paris !
Qu’est ce qui vous marque le plus à deux jours des représentations ?
Pour pouvoir jouer en Amérique, il faut obéir au syndicat. Et la ça rigole pas ; même la CGT du livre, en France, fait office d’enfant de coeur devant la puissance bornée du syndicat. Pour chaque technicien français il faut embaucher un technicien américain. Dès qu’on allume une lampe de service, il faut deux techniciens américains et comme un technicien américain ne peut pas travailler sans chef, il faut aussi embaucher deux chefs. Je ne sais pas si il faut un chef pour ces deux chefs, je vais demander à Jean Marie (notre directeur technique) et je vous le dirai . Nous avons pu négocier que des artistes s’entraînent pour eux même, et sans matos pendant la pause du repas. A condition qu’il n’y ait pas de musique car si il y a de la musique, il faut deux ou trois techniciens, avec... les chefs ! Et comme c’est l’heure du repas tous seront en heures supplémentaires. Ca te la coupe Blondel ? On est venu voir comment fonctionnait le libéralisme, dont l’Amérique nous propose chaque jour le modèle, on en apprend tous les jours.
Dans l’ascenseur qui nous monte en deux secondes au quarantième étage, il y a un téléviseur qui passe des cartoons.
That’s all folks.

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