Carnets de création, Bernard Kudlak

Tempus fugit un petit conte

mardi 7 août 2012, par Bernard Kudlak

Transmission

Un jour, il y a environ une trentaine de milliers d’années, autour d’un feu, dans la beauté du printemps revenu et des feuilles des buissons éclairées par le visage de la pleine lune, quelques gaillards homo sapiens sapiens, humains, en tous points vous ressemblant, pour rigoler et faire rigoler leur troupe, inventèrent une colonne à trois : le gros massif qu’on appelait dans le langage d’alors "Porte montagne" prit sur ses épaules le costaud mais plus léger qu’on appelait "Jean de l’ours" et le petit "Attrape la lune", un jeune garçon agile comme un chat sauvage, monta sur les épaules de "Porte montagne" et puis celles de "Jean de l’ours" et , dans l’hilarité générale, d’un geste subtil de la main, fit mine d’attraper la lune rousse, ronde comme le ventre d’une femme gravide.
Il s’en suivit probablement une dispute avec le sorcier local outragé par cette prétention.
Toujours est-il, et c’est certain, que des enfants ont regardé, médusés et ravis, cette pyramide.
Et ce geste cocasse de vouloir attraper la tête coupée qui souriait de pleine face était source d’un désir absolu.
C’est ainsi que naquît et se transmit le désir du désir d’attraper la lune.
On appela ce désir : art, et ce geste-là : art du cirque.
Contemporain de cet autre geste qui peignait le désir de chasse sur les murs de pierre de notre mère la terre, au son des gouttes d’eau s’écrasant sur le sol des gouffres déjà anciens en ces temps lointains.
Nous voulons célébrer cette chaîne qui dure depuis que l’homme est homme.
Ce désir d’art qui se transmet depuis que l’homme rigole avec la lune en pyramide de lui-même.

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