Carnets de création, Bernard Kudlak

Voeux à la bourre

mercredi 6 février 2013, par Bernard Kudlak

Vœux à la bourre comme chaque année !!

Tous mes vœux, de joie, de paix, de partages, d’art et de rigolades.

Voilà, l’année 2012 s’achève, "L’atelier du peintre" n’est plus ; nous travaillons sur "Tempus fugit ? une ballade sur le chemin perdu".

"L’atelier du peintre" fut une magnifique aventure, une belle équipe, formidable et un drame absolu l’an passé.

Merci à vous qui avez passé tout ce temps de partage et de vie dans cette aventure. Cette belle aventure.

Il n’est plus réel depuis Einstein mais on croit toujours qu’il est là comme on affirme sans sourciller que le soleil se couche. Galilée t’entends ? Le temps n’est que celui qu’on vit. De notre point de vue de terrien, un photon met 100 000 ans pour traverser notre galaxie. Du point de vue du photon, il met un temps de 0.

Bien sûr, imaginer le point de vue d’un photon c’est balaise, mais on comprend.

Puisque nous sommes au temps du temps des humains, celui dont on croit qu’il passe, regardons depuis quand. Depuis…

La nuit des temps

« Le cirque nous enchante depuis la nuit des temps ».

Ça fait du très long temps.

Depuis toujours, presque, au vu de l’ancienneté qu’on attribue à cette nuit-là.

Depuis la nuit des temps, c’est long, surtout si on y est depuis le début… Hein Woodie ?

Est-il un temps particulier que le temps de cette nuit-là ?

Un temps si noir de temps qu’il est une nuit immense ? Comme un total gribouillis obscurcissant tout. Jusqu’à la nuit. La nuit des temps.

Il est plaisant d’imaginer que dans ce gribouillis, il reste du pas gribouillé, en forme de petits points de lumière qui seraient les étoiles de la nuit des temps.

Et que si ça se trouve, en vrai, les étoiles, de nos nuits à nous, émergent également d’un gribouillis du temps !

On peut imaginer que cette nuit des temps est une nuit si ancienne qu’aucune lumière ne nous arrive aujourd’hui de ce trou noir du temps des vivants de la terre.

Je ne suis pas convaincu qu’en ces temps immémoriaux, dans le trou noir ou dans le gribouillis de la nuit des temps, le cirque existât.

Spatial ou temporel ?

En parlant d’étoiles, je dois vous dire que « depuis » au sens spatial et non temporel, m’apparaît fort intéressant :

Dans cette acception, la nuit des temps existe et nous est contemporaine.

Par conséquent : « depuis » la nuit des temps, le cirque nous enchante.

Ce « depuis » là, spatial, géographique existe au sens d’une transmission radiophonique ou télévisuelle « depuis » les berges de la Furieuse par exemple ou depuis la chambre de ton frère.

Ce sens est réellement enchanteur.

Il existe une nuit des temps où l’on vit et on fait la fête, la joie, l’amitié, l’amour et, depuis cette nuit des temps, le cirque nous enchante.

C’est cette nuit de sortilège qu’il convient de célébrer et de partager.

Déjà qu’on était sur un « chemin perdu » et voilà que maintenant on émet « depuis la nuit des temps ».

En pyramide de nous-mêmes, par exemple, c’est possible.

Depuis la nuit des temps, nous sommes chargés de tout ce que la nuit des temps, la nuit de tous les temps, la nuit de toutes les espèces de temps, a déposé sur nous, en nous, sur le cirque, sur la représentation d’un spectacle de cirque.

Lieu des réinventations. (permettez-moi ce mot).

Notre condition d’après la chute réinventée « depuis » la nuit des temps. Au deux sens du terme.

Chouette.

« Réinventé » est un adjectif un peu désuet pour le cirque aujourd’hui.
Il qualifiait notre job d’il y a trente ans.

Ça c’est fait.

Dans les programmes ou les écrits de la culture culturelle, je lis et je vois bien qu’on aime dire « déconstruction » car bien entendu chacun a lu Derrida. Ça va de soi. Du peu que j’en ai lu, c’est chouette ! De la à s’en gargariser… y a un monde.

Il y a trente cinq ans, l’immortel Giscard, président et accordéoniste, a laissé entrer le cirque dans la maison culture.

Enfin pour beaucoup d’entre nous, disons dans le parc, sur la pelouse au nord (avec les caravanes !). Quelquefois invités dans le vestibule.

À la condition de garder son chapeau à la main.

On saura que le cirque est vraiment admis dans la maison culture quand les attributions de lieux de travail avec des budgets correctement dotés (c’est-à-dire, à l’égal du théâtre public) pour les arts du cirque existeront.

À condition naturellement que l’on reconnaisse également un jour les cirques qui travaillent dans le fond de la nuit des temps. Les archaïques, les bourrins, ceux des mythologies, de la verticalité profonde, du temps présent.

Que l’art des cirques, même les plus boueux, entre dans les salons y déposer la boue de leurs voyages, la poussière de leurs costumes sur les tapis et les ors, pour y recevoir un peu d’égalité républicaine.

Jeff Koons a bien déposé ses merdes à fric sur les tapis de Versailles ! Tout est possible.

Trente ans, disais-je.

Je lis dans Télérama que nos amis Agathe et Antoine montrent dans leur dernière création une volonté de transmission après trente ans…

Je lis dans Stradda de l’association "Hors les murs" que le Trans Express Circus de Gilles Rhodes fête ses trente ans.

Bartabas évoque une fête carnavalesque pour fêter ces trente ans-là lors de son passage à Auch !

Bref : anniversaires à venir ceux et celui du et des renouvellements des arts du cirque par quelques glandus un peu marginaux, venus d’horizons éloignés des salons et des pouvoirs, animés d’une anima lumineuse et d’une conviction à toute épreuve.

Renouvellement qui procéda à un retour d’une assez bonne santé du cirque traditionnel.

Et du cirque en général.

Et s’ensuit la grande diversité et créativité des mille et une compagnies qui pratiquent ces arts.

Je les salue bien bas. Bravo, chers amis vous m’épatez.

Mythe de l’éternel retour cher à Nietszche et à Mircea Eliade.

Le grand manège de la nuit des temps.

On va pouvoir s’y reposer et dormir en paix : on a fait le boulot ! Mais pas trop tôt quand même, on continuera pendant un certain temps de naviguer à vos côtés.

Le temps du cirque est vertical et éternel.

Il est transversal à "Tempus fugit ?"

Voilà le vrai.

Reste à en faire un spectacle.

Salut et fraternité.

BK

PS : l’affiche pour les avant premières à Besançon.

Venez nombreux !

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